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Mot-clé - climat

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samedi, janvier 24 2009

La tempête Klaus dans les Landes

Hier soir un ami m'appelle : "Faites gaffe, y'a une alerte rouge lancé par Météo France, nous on va mettre nos camions à l'abri !".

Je raccroche un peu surpris. Le temps est doux, il bruine à peine et pas une once de vent ne vient perturber la ramure des arbres.

Mais bon, c'est noté... on verra bien...

Le lendemain, 6 h du matin, mon amie part au boulot. Une demie-heure plus tard la voilà déjà de retour.

Elle m'explique, toute énervée que dehors c'est l'apocalypse : les arbres tombent, les feus s'écrasent au sol, il y a des débris de tuiles et de néons sur le sol.

Klaus, c'est son nom passe au dessus de nos têtes !

C'est une violente tempête en limite de classe de l'ouragan qui touche depuis 4h ce matin les départements de la Gironde et des Landes. Baptisée Klaus, cette violente tempête se généralisera à tout le sud-ouest. Elle est comparable voire supérieure à celle de 1999 par sa durée sur plusieurs heures. Elle a déjà engendré des rafales jusqu'à 173 km/h à Biscarosse et 162 km/h à Bordeaux, 150 km/h à Biarritz, 133 km/h à Mont de Marsan et Pau ainsi que dans le Gers. Elle aborde actuellement la région du Roussillon avec des pointes à 140 km/h notamment observés à Lézignan.

Voici un rappel des observations depuis le début de cette forte tempête et ses caractéristiques :

- forte tempête baptisé Klaus. Stade proche de l'ouragan.
- situation comparable à celle de 1999 voir supérieure au regard localement des rafales de vent, mais aussi par sa durée sur certains départements. La région du Bassin d'Arcachon subit depuis 4 h du matin des vents entre 150 et 170 km/h avec des vents moyens à 130 km/h (très exceptionnel). Une situation qui durera jusqu'en 12h.

Autres valeurs maximales relevées depuis la fin de nuit jusqu'à 9h :
- 173 km/h près du bassin d'Arcachon jusqu'à Biscarosse.
- 151 km/h à Biarritz
- 144 km/h à Bordeaux(122 km/h actuellement)
- 130 km/h dans l'intérieur des Landes comme à Mont de Marsan
- 133 km/h à Pau
- 120 dans le Gers
- 110 à 120 km/h dans le Tarn et Garonne, comme à Lauzerte.

Vigilance météorologique - Météo FranceAlerte rouge violente tempête (point de 11h) La Chaîne Météo

À cette heure-ci, le vent semble faiblir mais sur les conseils de la radio locale, nous évitons d'aller nous balader sur les routes, au milieu des pinèdes ou en ville.

Mais qui c'est ce Klaus ? À quoi ressemble-t-il ?

J'ai trouvé quelque photo de la brute qui a battu tous les records de puissance ici, heureusement sans victime grave pour l'instant (quatre tués recensés dans les Landes depuis l'écriture de ce billet :(). Quant aux dégats, on les découvre encore peu à peu au fil des heures...

Voici donc Klaus à minuit, il s'approche doucement de l'Europe :

Klaus 00:00

Neuf heures plus tard, il est bien ancré en France et il impressionne par l'ampleur qu'il a pris dans la nuit :

Klaus 09:00

Effectivement, cela fait lourdement penser aux images satellites des ouragans que l'on voit frapper les Tropiques :O

Quid de Mont-de-Marsan ?!

J'ai quelques informations à vous communiquer grâce à la présence d'un "chasseur de tempête" (?!) de meteoouest.free.fr, venu observer la bête à Mont-de-Marsan :

Record de vitesse du vent

Ceux qui parmi vous cherchent du spectaculaire trouveront vite quelques vidéos sur des sites spécialisés.

Si l'inventaire des dégâts n'est pas commencé, on a en revanche pu constater immédiatement des impacts forts sur les réseaux et les flux humains :

  • 1.2 million de foyers privés d’électricité dans tout le Sud-Ouest, dont 200 000 dans le seul département des Landes (soit 90% des foyers équipés),
  • Coupures d'eau potable dans plusieurs communes,
  • Autoroutes fermées entre Bordeaux et Biarritz,
  • Lignes téléphoniques détruites,
  • Aéroports de Bordeaux, Toulouse, Perpignan et Montpellier fermés,
  • Circulation des trains fortement perturbée,
  • Circulation interdite dans l'Aude par arrêté prefectoral et déconseillée dans la plupart des départements touchés,
  • etc.

Dans les plus gros bourgs de mon département, l'électricité, le téléphone, l'eau se maintiennent plus ou moins bien. La circulation a été altérée par la chute de gros arbres mais les rues urbaines ont été dégagées assez vite.

Clairement, la situation est plus facile en milieu urbain qu'en milieu rural !

C'est l'occasion pour moi de défendre à nouveau le concept de la ville petite et dense, capable de réagir rapidement, de protéger ses administrés des catastrophes naturelles mais aussi de toutes les perturbations des flux et réseaux.

lundi, janvier 19 2009

Clim' City

Ah ben ça y est, ils l'ont fait !

SimCity a maintenant son pendant écocitoyen avec Clim'City, une réalisation aquitaine portée par Cap Sciences en partenariat avec la Région, l'ADEME et quelques industriels.

Bravo, je m'en vais de ce pas tester ce jeu que tout le monde s'accorde à juger comme réaliste et difficile !

Mais on gagne très très difficilement parce que c’est un jeu réaliste ! C’est ça qui est bien, il met les adeptes du Y’a qu’à faut qu’on devant des réalités très complexes. Ce jeu c’est une idée du centre de culture scientifique d’Aquitaine qui va d’ailleurs le diffuser sous forme de DVD dans les collèges et les lycées.

Les scientifiques qui font leur travail auprès des politiques, on vient d’en avoir un exemple très récent avec la lettre que le climatologue en chef de la Nasa, james Hansen, vient d’adresser à Barak et Michelle Obama. Dans cette lettre consultable sur le site du Monde.fr, le scientifique explique qu’il y a encore beaucoup de travail pour décarbonner l’économie américaine et que la classe politique est complètement déconnectée des problèmes climatiques.

Et bien Barack Obama pourra toujours s’entrainer avec Clim city, le jeu qui resssemble à une machine à gaz en forme de casse-tête.

David AbikerUn jeu en ligne pour lutter contre le réchauffement climatique
David Abiker - 9 janvier 2009
France Info

vendredi, septembre 19 2008

El sangre del diablo

Nous vivons une époque formidable dans un pays formidable ! Non, non, je ne suis pas ironique, je le pense vraiment !

J'espère donc que tous ces cliquetis que fait la bourse en chutant, ce n'est pas le bruit du bonheur qui s'échappe... car comme le dit Renaud, "on reconnait le bonheur paraît-il au bruit qu'il fait quand il s'en va".

Pourquoi témoigné-je autant d'affection pour notre temps, mais aussi notre pays ?

Oh mais pour des raisons bien simple !

  • Parce que nous vivons vieux et que nous croisons même nos arrière petits enfants.
  • Parce que, grâce à la médecine encore, les femmes ne meurent plus en couche et la mortalité enfantine est un chiffre si petit que nous n'en parle même plus.
  • Parce que nous prenons le luxe de nous inquiéter de la température de nos locaux en été et de la pertinence de les climatiser.
  • Parce qu'en hiver, on se demande si 21°C ce n'est pas trop froid.
  • Parce que, quand on a faim, on mange.
  • Parce que quand on a soif, on boit, non pas de l'eau mais tout un tas de boissons différentes.
  • Parce que nous n'avons plus aucune notion du temps de parcours à pied qui sépare deux lieux éloignés de plusieurs kilomètres.
  • Parce que nous comptons les distances en heures de voiture...
  • Parce qu'on s'étonne encore que les Français ne partent pas tous en vacances.
  • Parce qu'on s'indigne de la montée des prix de l'essence...

STOP !

Tout est lié. Prenez le temps de remonter la liste et de vous rendre compte comme tout est lié, comme notre confort est lié au pétrole, comme notre santé l'est aussi, comme notre mobilité bien sûr aussi.

Si nous vivons une époque si formidable, c'est parce que le pétrole est encore abondant et peu cher, même à plus de 100$ le baril !

Oh le pétrole, je vous en ai parlé bien souvent sur ce blog.

Si aujourd'hui, je vous en reparle, c'est parce que je crois que vous êtes de plus en plus nombreux à avoir prix conscience de la déplétion des énergies fossiles et du risque majeur de voir la fin d'une période bénie.

À nouveau, permettez-moi de vous dire qu'il ne s'agit pas d'un risque mais d'une fatalité (à ne pas confondre avec fatalisme !).

El sangre del diablo se fait rare et cher. ce n'est que le début et bien sûr, malgré les avertissements de plus de 30 ans, nous ne sommes pas prêts.

Si je n'ai pas su vous convaincre jusqu'à présent, peut-être que, mieux que moi, ce documentaire, saura le faire.

"Cruel sera le réveil" est un très bon film, fait d'interviews d'experts reconnus (comme Colin Campbell) et d'extraits d'archives.

© Getty Images

On y évoque tous les aspects (à l'exception du réchauffement climatique) de la problématique énergétique.

  • Comment les économistes ont foi en la science et en la technologie.
  • Comment les scientifiques leur répondent que la problématique est autre.
  • Comment on exploite les derniers filons les plus polluants (sables bitumeux d'Alaska)
  • Comment le 4x4 est devenu symbole de richesse (tiens, au fait, leurs ventes s'effondrent en France).
  • Comment la ville va devoir s'adapter à la désertion des voitures.
  • À quel point les alternatives sont faibles face à la demande actuelle (de la nécessité des économies d'énergies si vous me permettez).
  • Combien Hubbert, dont on s'est beaucoup moqué, était un visionnaire.

Alors que faire ?

Comme l'explique si bien un des intervenants, pour agir, il nous faut plusieurs choses :

  1. de l'argent. Mais là pas de problème, nous avons déjà pris l'habitude de reporter notre dette sur nos enfants.
  2. du temps... aïe !
  3. de l'énergie... aïe aïe !

Il ya urgence à agir, peu de solutions si ce ne sont les économies d'énergie alors qu'est-ce qu'on attend, que font nos dirigeants ?

Il n'y a pas de réaction à attendre de nos politiques, tous simplement parce que nous les élisons sur... des promesses de jours meilleurs.

samedi, août 30 2008

Y'a pas que le réchauffement climatique

Le CO2 devient l'indicateur environnemental souverain alors que d'autres problématiques existent toujours !

Par exemple, n'oublions pas qu'en l'état actuel des choses, aucune solution durable n'a été trouvée pour le traitement et la gestion des déchets radioactifs. Aussi, dans une philosophie de diminution globale de notre impact environnemental, nous devrions limiter leur production. Il est donc intéressant, même si cela ne constitue pas un cadre réglementaire, à ce jour, de sensibiliser les professionnels du bâtiment aux conséquences de l'usage d'électricité en France.

Nous proposons, chez Enerco Conseils, une "étiquette Déchets Radioactifs" pour pouvoir comparer les bâtiments entre eux :

À l'heure où l'on prévoit un amendement pour favoriser le nucléaire, il me semble essentiel d'évoquer cette thématique !

Le succès de la REVA, les 400 millions promis pour le plan véhicules propres de Nicolas Sarkozy, l'alliance Renault/EDF, etc.... Notre envie folle de mobilité fait qu'un tel indicateur va aussi devenir pertinent dans le domaine du transport !

D'une économie tout carbone sur laquelle repose actuellement le secteur résidentiel comme les transports, allons-nous, sans culapabilité, passer à une économie tout nucléaire, au motif qu'elle ne réchauffe pas la planète ?!

dimanche, février 18 2007

À propos du tri sélectif...

À l'occasion d'un exposé de mon amie, je me suis penché, pour la première fois ou presque, sur la problématique des déchets. J'avoue que c'est un sujet sur lequel j'ai toujours été somme toute assez inculte. Sans doute parce que j'ai toujours pensé qu'il y avait suffisamment de choses à savoir dans le domaine de l'énergie. :(

Voici, après quelques recherches, ce que j'ai retenu, et ce qu'il me semble important. Eugène Poubelle

La première chose qui m'ait frappé c'est que si actuellement la collecte sélective nous semble une façon de faire particulièrement moderne, l'inventeur de la poubelle en est l'instigateur dès 1884 ! Dès la fin du 19ème siècle,  il prévoyait trois boîtes à déchets : une pour les matières putrescibles, une pour les papiers et les chiffons et une dernière pour le verre, la faïence ou les coquilles d'huîtres !

Et nous qui pensions avoir réinventé la roue ...

Mais pourquoi diable trions-nous nos déchets ? Trois raisons à cela :
  •  la préservation de notre environnement,
Trier nos déchets permet de réaliser des économies d’énergie et de ressources naturelles précieuses (pétrole, bois, minerai de fer, etc.). La collecte sélective permet également de diminuer les pollutions (air, eau, sols).
  •  l'accroissement du volume des déchets,
Nous produisons toujours plus de déchets : en 40 ans, la quantité de déchets produite par habitant est passée de 200 à plus de 400kg/an. La part des emballages a doublé et celle des plastiques a été multipliée par dix.
  •  la maîtrise des coûts de leur élimination.
L'augmentation des quantités de déchets, leur nature de plus en plus diverses contraignent à des traitements de plus en plus coûteux. Les dépenses liées à la mise en place de la collecte sélective sont compensées par la réduction du volume d’ordures ménagères à enfouir et par les recettes versées par les partenaires et repreneurs de matériaux.

une poubelle moyenneMaintenant, intéressons-nous à ce que contiennent nos poubelles ?
  •  emballages en papier/carton : 14%
  •  emballages en verre : 7%
  •  emballages en plastique : 26%
  •  emballages métalliques : 4%
  •  magazines, journaux, prospectus : 9%
  •  déchets putrescibles : 16%
  •  divers : 24%

Voilà un fait marquant : 60% du volume de notre poubelle est constitué d'emballages, ce qui rend le tri des déchets on ne peut plus fondé !

Mais attention le tri comme la valorisation énergétique de nos déchets ne sont pas sans inconvénient ! Ils impliquent l'un comme l'autre des rejets de gaz à effet de serre (vous savez le truc "à la mode" qui réchauffe le climat) que l'on estime à 200kg éq. CO2 pour la gestion des 400kg de déchets que chaque Français produit par an. Il ne suffit donc pas de trier mais il est également essentiel de diminuer la masse de ces déchets ! C'est pourquoi certains pays comme la Belgique ou la Suisse appliquent une taxe ordures proportionnelles au poids des déchets dont vous êtes responsables. Là encore, les effets pervers ne doivent pas être ignorés (retour des décharges sauvages et autre "tricheries").

En Allemagne, une solution proposée est le retour de la consigne pour les bouteilles qui lui donnent plusieurs vie avant de finir dans la poubelle (du tri sélectif évidemment).

compostageEnfin, un dernier fait m'a particulièrement marqué et m'a convaincu d'agir à mon petit niveau. En masse, nos poubelles sont particulièrement alourdies par les déchets dits fermentescibles (les végétaux, les épluchures, les déchets de cuisine). Le compostage permet d'alléger la pesée de déchets d'un tiers. Le compost a de nombreuses qualités : il permet d'éviter les émissions d'une importante quantité de GES (dues à la gestion des déchets), il ne dégage lui-même aucun GES et a des vertus évidentes pour votre jardin (en tant que paillage ou engrais naturel). J'invite mes compatriotes landais à consulter le Guide du Compostage qu'édite le Conseil Général. Il est fort bien fait. Il est rare que je fasse un compliment dans la rubrique "Sciences & Environnement" de mon blog, mais j'en adresse un au conseil général des Landes pour ses initiatives dans le domaine des déchets ! Bravo !

Enfin, outre les bénéfices déjà annoncés en terme d'amélioration de la qualité environnementale, de préservation des ressources naturelles, la collecte sélective comme le compostage permette de responsabiliser le citoyen et démontre que même un petit geste peut avoir d'importantes conséquences !

Face à la problématique du réchauffement climatique et de la crise énergétique, nous pouvons penser que cet éveil des consciences est important et pourrait avoir des conséquences positives voire salutaires.

engagement

lundi, octobre 16 2006

Enfin !

Les politiques pourront, a cet égard, s'appuyer sur le remarquable rapport que vient de publier le groupe "Facteur 4" mis en place par le gouvernement. Laissant de côté l'apport finalement marginal du nucléaire et des éoliennes, les experts pointent les vraies priorités sur l'habitat, les transports et l'étalement urbain. Au-dela des postures écologiques de circonstance, un brin "tartuffes", il importe que ces enjeux decisifs et ces choix difficiles soient abordés courageusement lors de la campagne présidentielle qui s'ouvre.

Le rapport est disponible ici : http://www.industrie.gouv.fr/energie/facteur4.htm

Ah çà fait plaisir de voir que les experts du "Facteur 4" parlent des "vrais sujets" importants.

Et enfin de l'étalement urbain !!!

ps : je reviendrai très prochainement sur le contenu de ce rapport ...

mercredi, octobre 4 2006

Réchauffement climatique : on a jamais eu aussi chaud ...

La NASA, à son tour, apporte sa contribution à l'étude du réchauffement climatique via les travaux de James Hansen du Centre Goddart.

Sans surprise, l'agence américaine confirme les précédentes études : la Terre se réchauffe ! Des scientifiques finlandais ont démontré que l'activité solaire n'est pas responsable, c'est bien l'activité humaine qu'il faut incriminer.

James Hansen apporte quelques précisions importantes :

  • Les trente dernières années ont ete marquées par une augmentation de 0,2 °C par décennie : les températures ont ainsi atteint leur plus haut niveau depuis la dernière glaciation, il y a douze mille ans.
  • Si le réchauffement atteint 2 ou 3°C, nous causerons une modification profonde de notre planète telle que nous la connaissons. Il y a trois millions d'années, lorsque régnaient de telles températures, le niveau de la mer était supérieur au niveau actuel d'environ 25 m.
  • Le réchauffement actuel amène la couverture végétale a s'étendre vers les pôles. Le risque est de causer un effet boule-de-neige par rejet de grandes quantités de GES enfermé dans le permafrost. James Hansen affirme que les changements climatiques et les extinctions de masse qu'a connu notre planète sont associés à de tels rejets.
  • Les chercheurs du Centre Goddart affirme qu'il y a non seulement urgence à infléchir la courbe des rejets de CO2 mais qu'il devient également indispensable d'envisager des solutions pour protéger les zones gelées (i.e. générer des nuages pour augmenter les zones polaires ombragées, cf. encadré ci-dessous).
Entretien avec le climatologue Édouard Bard.
La tentation de refroidir la planete, Le Monde, 30/09/06
Propos recueillis par Stéphane Foucart

 
Pour contrer le réchauffement, des climatologues parlent de "refroidir" artificiellement la Terre. Est-ce serieux ?
Oui, malheureusement. Plusieurs hypothèses sont envisagées. Certaines sont très prospectives, comme l'envoi d'un immense miroir entre la Terre et le Soleil - bien au-delà de l'orbite lunaire. Cela équivaudrait a ajouter une tache solaire et a diminuer l'éclairement de la Terre. D'autres sont moins futuristes, comme les expériences de fertilisation des océans avec des particules de fer : ce nutriment favorise la photosynthèse - donc l'absorption de carbone - par le phytoplancton. Diminuant ainsi la concentration de gaz carbonique responsable de l'effet de serre. On peut aussi imaginer injecter de très petites particules ou aérosols dans la haute atmosphère pour qu'elles réfléchissent une partie du rayonnement solaire. Et faire ainsi, théoriquement, baisser les températures moyennes... Même si en réalité les choses sont nettement plus compliquées.
 
La tentation de modifier intentionnellement le climat est-elle nouvelle ?
Non. Cela s'appelle la "géo-ingénierie". Mais ce thème de recherche est demeure longtemps tabou dans la communauté scientifique pour une raison simple : diffuser l'idée auprès des politiques, des industriels et du public qu'il suffit de mettre en oeuvre de tels dispositifs pour remédier au réchauffement est dangereux. Cela introduit l'idée, fausse, qu'on peut continuer a injecter sans retenue du carbone dans l'atmosphère terrestre. Or ces dispositifs de géo-ingénierie ne doivent être qu'un tout dernier recours, en cas d'aggravation brutale et imprévue de la situation climatique.
Néanmoins, certains climatologues pensent qu'il faut désormais sortir du tabou pour commencer a travailler sur une telle éventualité. Cela afin d'évaluer les nombreux risques et incertitudes, et surtout de ne pas faire croire qu'il s'agit d'une solution miracle.
 
Quelle est la solution de refroidissement la plus envisageable ?
Le dispositif dont on parle le plus est connu depuis plusieurs décennies, mais il a été récemment repris par Paul Crutzen, Prix Nobel de chimie pour ses travaux sur l'ozone. A l'aide de ballons, par exemple, il s'agirait d'injecter dans la stratosphère du dioxyde de soufre qui se transformerait ensuite en minuscules particules de sulfate. Ces aérosols réfléchiraient alors partiellement les rayons solaires pendant quelques années.
Les conséquences d'un tel effet-écran ont pu être étudiées a la suite des grandes éruptions volcaniques - comme celles du El Chichon en 1982 et du mont Pinatubo en 1991. Ces volcans ont projeté du dioxyde de soufre qui s'est transforme en un panache d'aérosols. Pour le Pinatubo, cet écran a fait baisser, en moyenne, les températures au sol d'environ 0,5 °C durant deux ans. Mais attention : ce chiffre ne reflète pas la complexité des phénomènes perturbes.
 
Quels sont les risques encourus ?
L'été suivant le Pinatubo, un refroidissement a été observe pour presque toutes les régions du monde. L'hiver d'après, des refroidissements très marques ont été constates, notamment autour de la mer du Labrador, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, alors que, paradoxalement, on a observe un réchauffement en Europe du Nord... ! On mesure du même coup l'intense activité diplomatique qui serait nécessairement préalable a la mise en oeuvre de telles solutions.
 
Ces effets collatéraux non maîtrises sont-ils expliqués ?
L'injection d'aérosols perturberait un phénomène naturel appelé oscillation arctique, ce qui provoquerait des réchauffements locaux en hiver dans certaines régions, le refroidissement se concentrant sur d'autres. Ainsi, lors de l'hiver qui a suivi l'éruption du Pinatubo, la baisse importante des températures en mer Rouge a entraîne un mélange des eaux de surface et une remontée d'éléments nutritifs. Le résultat a été une prolifération d'algues qui ont asphyxie les récifs coralliens. Des effets sur la croissance des plantes terrestres ont aussi été détectés a l'échelle mondiale.
Avec de tels dispositifs de géo-ingénierie globaux, ce n'est pas seulement l'atmosphère qui est en jeu, mais le système climatique dans son ensemble, c'est-a-dire un gigantesque jeu de dominos d'une grande complexité. Prévoir et évaluer les effets collatéraux a l'échelle mondiale requiert, avant tout, un travail scientifique considérable impliquant climatologues, océanographes, géologues, astronomes, biologistes, agronomes, etc.
 
Que penser d'une autre solution : l'ensemencement des océans en particules de fer pour permettre au phytoplancton de "pomper" le CO2 excédentaire ?
Des expériences ponctuelles ont été menées ces dernières années dans l'Océan austral, le Pacifique équatorial et le Pacifique nord. Les images obtenues par les satellites montrent que l'injection de fer augmente bien la production chlorophyllienne. Mais la encore, rien n'est simple. Pour que cela soit efficace, il ne suffit pas que le phytoplancton absorbe beaucoup de carbone, il faut aussi que celui-ci tombe au fond des océans pour y être durablement stocke... On ne sait pas si c'est réellement le cas ou si, au contraire, par d'autres mécanismes, il retourne rapidement dans l'atmosphère.
En outre, même si cette solution peut paraître moins risquée, il est difficile d'évaluer les conséquences en chaîne d'une telle manipulation a grande échelle.
Imaginons le scénario : le carbone absorbe est bel et bien transfère vers l'océan profond. Une part de cette matière organique va logiquement s'oxyder en consommant l'oxygène dissous dans l'eau de mer. Il se peut alors que se forment des zones anoxiques, c'est-a-dire dépourvues d'oxygène, dans certaines régions de l'océan. Des bactéries capables de dégrader les nitrates se développeraient, ce qui produirait un gaz, le protoxyde d'azote (N2O), qui s'échapperait au final dans l'atmosphère. Avec, pour l'environnement, des conséquences potentiellement désastreuses, car il s'agit d'un gaz a effet de serre plus puissant que le CO2.
 
Même réticents, de nombreux climatologues sont défaitistes et pensent que de tels procédés seront mis en oeuvre. Quelle est votre opinion ?
Regardez le fonctionnement de la diplomatie climatique. De nombreux collègues sont devenus pessimistes sur l'efficacité des mesures de réduction des émissions. Même en Europe, la volonté de développer, rapidement et a grande échelle, des alternatives au pétrole et au charbon est faible. Les industriels et les politiques ont les cartes en main. Si le Nord ne change pas d'attitude au sujet du climat, je crains effectivement qu'il y ait de grandes chances, d'ici a quelques décennies, qu'on en vienne a de telles extrémités.

mercredi, juillet 19 2006

Combien une personne émet-elle de grammes équivalents CO2 pour faire 1 kilomètre ?

  • A pied ou en vélo = 0
  • En bateau = 1
  • En train = 11
  • En bus = 80 à 90
  • En voiture = 150
  • En monospace = 200
  • En 4 x 4 = 190 à 400
  • En avion = 360.

On retiendra que le train et le bateau sont une solution bien moins nocive que la route pour le climat. Retenons également que les 4x4 sont une calamité !

mardi, juillet 18 2006

Il a fait chaud !

C'est pas moi qui le dit mais un widget d'Opera :

Comment ? Vous êtes étonné que je vous parle de la canicule sans aborder le réchauffement climatique ? Ah mais vous avez raison :

PARIS (AFP) - Le dérèglement climatique annoncé est en marche, soulignent les experts, alors qu'une vague de chaleur déferle sur la France et une partie de l'Europe, trois ans après la canicule meurtrière de 2003.

"Le dérèglement est en marche, il n'y a aucun doute, on est au début du processus", a déclaré à l'AFP Hervé Le Treut, directeur du laboratoire de météorologie dynamique du Centre national de la recherche scientifique (CNRS).
S'il apparaît impossible a priori d'établir un lien direct entre ce dérèglement et la canicule en France, le contexte général est celui du réchauffement de la planète. "On peut s'attendre à des canicules plus fréquentes ou plus fortes du fait de la tendance générale à la hausse des températures liée aux émissions de gaz à effet de serre", a estimé M. Le Treut.
Ce réchauffement climatique est dû à l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre, provoquée par l'activité humaine, dont le principal est le dioxyde de carbone (CO2). Le XXIe siècle connaîtra une multiplication par deux du CO2 dans l'atmosphère, de quoi réchauffer notre planète de 3 degrés, s'accordent à prédire les experts. En France, un réchauffement de un degré en moyenne annuelle a déjà été constaté par rapport à la période pré-industrielle du XIXe. Cette hausse devrait s'amplifier avec des épisodes de canicule, comme celle qui a frappé la France en 2003, qui pourraient devenir de plus en plus fréquents. "On a pu estimer qu'à l'horizon 2050, on pourrait avoir des canicules de ce type assez régulièrement, tous les deux ou trois ans", selon Hervé Le Treut. Toutefois, si actuellement en France, les températures sont plus élevées que les normales saisonnières, "on est loin d'atteindre les records de la canicule de 2003", a souligné Françoise Bénichou, chef des prévisionnistes à Météo France. La situation météo n'est pas la même qu'en 2003 où un véritable "blocage" avait été constaté, aucune perturbation ne pouvant passer, alors qu'actuellement, une dégradation orageuse est attendue dans la nuit de mercredi à jeudi, a-t-elle indiqué à l'AFP. La Grande-Bretagne est également touchée par la canicule et devrait battre des records de chaleur cette semaine. Lundi a déjà été le jour le plus chaud de l'année avec 32,7 degrés à l'aéroport de Heathrow et un record absolu est attendu mercredi dans le sud-est du pays avec 39 degrés. Et s'il est trop tard pour empêcher un changement climatique minimal, il est encore temps d'agir pour éviter un réchauffement de forte ampleur, s'accordent à reconnaître les experts. Tout dépend de ce qui pourra être fait ou non pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre (GES).
Les pays signataires du protocole de Kyoto se sont engagés à limiter d'ici à 2012 leurs émissions de GES de 5,2% par rapport à 1990. Mais les Etats-Unis, premier pollueur de la planète, n'ont pas ratifié ce protocole. Le sommet du G8 de Saint-Pétersbourg a appelé dimanche à agir contre le réchauffement climatique, mais n'a pas réussi à surmonter ses divisions sur ce protocole.
Dans son essai "Les Faiseurs de pluie" (éditions Héloïse d'Ormesson), l'Australien Tim Flannery identifie plusieurs scénarios susceptibles de faire basculer le climat, dont celui du ralentissement du Gulf Stream, qui serait la conséquence d'un adoucissement des eaux de l'Atlantique nord due à la fonte des glaces. Paradoxalement, le réchauffement climatique aurait alors pour effet à terme de provoquer un refroidissement de l'Europe.