Si le Bagua est bien connu de nos amis chinois, en France, c'est un art confidentiel. C'est encore plus vrai pour le style que maître Kunlin Zhang a apporté en France en 1992 : le youshen bagua zhang.

Je vais tenter ici d'expliquer comment le youshen bagua zhang s'est transmis depuis sa création par Dong Hai Chuan au début du 19ème siècle.

Dong Hai ChuanOn ne sait pas clairement si le bagua zhang est une invention totalement originale de Dong Hai Chuan ou si c'est un art ancien que le célèbre pratiquant en arts martiaux aurait révolutionné. Mais une chose est sûre, la marche en cercle, qui est à la base de tous les styles de bagua zhang, lui a été enseigné par des moines taoïstes. Il s'agissait pour ces moines d'un exercice de travail sur l'énergie et la tranquilité de l'esprit, un mantra taoïste.

Dong Hai Chuan, âgé d'une quarantaine d'années, maria avec génie cet art du déplacement, subtil mais efficace, avec sa connaissance des arts martiaux. Le bagua zhang naquit petit à petit entre ses mains expertes, un art rendant le pratiquant sans prise à la force de l'adversaire et toujours capable de glisser sur lui pour le toucher sans s'opposer.

La légende nous dit que Dong Hai Chuan partit à travers la Chine pour aider le peuple victime de l'oppression du pouvoir. Cette impudence lui valut une mise à prix de sa tête qui l'emmena à se réfugier à la cour de Su Wang dans la famille de l’empereur à Pékin. Un jour de fête, alors que Dong Hai Chuan officiait en tant que serviteur, l'Empereur découvrit le Bagua Zhang. Impressionné par le maître qui virevoltait parmi les invités, franchissait les murets de la cour du palais sans se déséquilibrer, les mains prises par des plateaux chargés de thé, il l'invita à se présenter. L'inventeur de "l'art de la paume qui tourne" expliqua alors sa pratique à l'Empereur et parvint même à vaincre le capitaine de la garde. Sa performence fut si convainquante que Su Wang le nomma immédiatement maître d'armes du des gardes du palais.

Tout le personnage de Dong Hai Chuan baigne dans une aura mystérieuse : que ce soit sur la genèse de son art, sur son statut douteux d'eunuque à la cour de l'Empereur, sur son passé possible de brigand, sur son extraordinaire agilité ...

Dong Hai Chuan n'enseigna son art qu'à des combattants exceptionnels, des artistes martiaux confirmés. Cela explique sans doute les désaccords et les différences de styles actuels. Shi Ji Dong, troisième élève de Dong Hai Chuan, qui accueilla le vieux maître dans sa maison à la fin de sa vie, enseigna les huits premières paumes à Han Fu Shun.

A la fin de sa vie, Dong Hai Chuan qui avait beaucoup d'estime pour Han Fu Shun l'emmène parcourir la chine pendant 3 ans. Il lui enseigna les 64 paumes (youshen Bagua zhang) et fit de lui le garant de cette forme peut-être la plus riche de toute.

Dans les années 1920, Wu Jun Shan, disciple de Han Fu Shun, fut le doyen de la 1ère université d’arts martiaux chinois à NANJIN, université réservée aux soldats. Inventeur de techniques de baïonnettes inspirés de la lance de bagua, il partit à travers toute la Chine pour perfectionner sa connaissance de la boxe des huit trigrammes auprès d'autres experts de cet art.

Durant la guerre sino-japonaise, il se réfugia à Kunming, capitale du Yunnan, où de nombreux maîtres taoïstes continuaient à officier en cachette. Il prit alors comme disciple un professeur de l'armée : Jian Xun Pei qui cessa toute pratique martiale pour se consacrer aux 64 paumes du youshen bagua zhang.Kunlin Zhang & Catherine Bousquet

En 1968, Kunlin Zhang - alors âgé de 14 ans mais ayant déjà une bonne connaissance du wushu - rencontre Jian Xun Pei et abandonne à son tour tous les arts martiaux pour organiser sa vie autour d'une pratique quotidienne avec son Maître, qui le conduira à la maîtrise de la forme complète des 64 paumes.

En 1992, il rejoint la France avec son épouse Catherine Bousquet, première occidentale (et premier occidental aussi !) à avoir appris cette forme rare et d'autant plus précieuse. Ils fondent ensemble le centre Likan où vont être formés les premiers élèves français.

Près de 15 ans plus tard, Catherine Bousquet ouvre l'ilot Tao (maj 2010 : nouveau club, nouvelle salle => chineetsante.free.fr); elle enseigne de façon traditionnelle cette forme complexe qui demande patience et perséverance. À nous et à tous ceux que cet art intéresse de poursuivre la lignée ...